Beth Gibbons & Rustin Man

Out of season

  • localisation dans la discothèque : G
  • prise de son : excellente (nécessite un bon système Hi-Hi)
  • livret : textes, photographies, remerciements

Le commentaire de “la possibilité du son”

Beth Gibbons ? C’est LA chanteuse iconique de Portishead, ce groupe incroyable qui a produit deux albums miraculeux de fin de millénaire, une formation dont le groove sourd et enfumé soutient cette voix d’exception. L’incomparable Beth réapparait donc en 2002 pour offrir un album silencieux et intime, une pépite vibrante qui traverse une brume de fin du monde. Nous sommes après l’effondrement. Il reste le souvenir des disparus, de la vie d’avant, on s’attache à écouter le timbre des instruments acoustiques qui nous rappelle notre matérialité et des compositions qui synthétisent cinquante ans de musique comme si nous écoutions pour la dernière fois. L’heure du bilan est venue, on s’accroche à ce qui fait de nous des femmes et des hommes doués de sensibilité, à cette musique d’un silence brumeux, parfois insouciante, parfois enragée, mais toujours magnifique. L’album parcourt une palette d’émotions profondes qui évoluent de manière évanescente pour mieux nous donner le vertige, toujours sincère et en quête de simplicité. Au contact de ce disque qui prend aux tripes, nous faisons l’expérience de notre condition humaine, vaine, absurde et fragile, mais tellement belle.

Pour l’accompagner dans ce voyage intérieur, un certain Rustin Man qui s’appelle dans la vraie vie Paul Webb, l’ancien bassiste de Talk Talk. Peut-être cet album est-il alors programmatique pour lui, car bientôt Paul se retranchera avec femme et enfants dans une ancienne maison isolée de la campagne anglaise pour n’en ressortir… qu’en 2019.

Enfin, que dire de la prise de son ? La proximité avec Beth Gibbons est extraordinaire, les notes s’envolent dans l’image sonore, la basse nous traverse et les détails fourmillent (la pluie, des animaux, des craquements d’instruments acoustiques, des imperfections…). Cette prise de son toute en délicatesse est à l’image de l’album : sincère. La vie est une esquisse et non un tableau de maître parce que l’instant s’enfuit et on ne peut pas le corriger.

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